Les mouvements révolutionnaires sont tous confrontés au paradoxe suivant dès lors qu’ils ont conquis le pouvoir : comment changer le système sans se faire phagocyter par lui ? Pour PASTEF, qui est arrivé au pouvoir grâce à une forte mobilisation populaire menée par la jeunesse, maintenir l’élan révolutionnaire tout en naviguant dans les rouages de l’État est un défi historique.

PASTEF doit choisir entre gouverner et transformer. Gouverner, c’est accepter le statuquo et faire tourner la machine étatique. Transformer, c’est changer la machine étatique.

PASTEF est comme un jeune chauffeur qui a hérité d’un vieux bus Ndiaga Ndiaye des années 90 : le moteur fume, le volant tremble, les freins grincent, Babacar est complètement rouillé, mais les anciens chauffeurs lui disent : « Ne touche à rien, petit. Ça fait 60 ans qu’on conduit comme ça, YALLA mi ngi gnouye dimbali ».

Gouverner, c’est donc mettre du gasoil dans le bus en espérant qu’il ne va pas tomber en panne et qu’il ira plus vite, inshaAllah. Transformer, c’est démonter le bus, virer le moteur néocolonial, installer un GPS souverain et repeindre le tout en vert, jaune, rouge, en attendant d’avoir les moyens d’acheter non pas 1 mais des centaines de nouveaux bus ! Voila le contrat révolutionnaire.

Si la révolution n’est pas institutionnalisée, le système fera ce qu’il fait toujours après une révolution: attendre, séduire, diviser puis phagocyter. L’après 8 Novembre est en train de confirmer cela.

La révolution n’est pas un évènement. C’est le processus de maintien d’une tension permanente entre le passé, le présent et le futur. Le job des révolutionnaires, et donc des Patriotes, c’est de maintenir la flamme, et non de se réchauffer auprès de ses cendres. Maintien Rëk. Dis-donc on entend plus ce cri de guerre des Patriotes, pourquoi ?

Ce que la révolution pastéfienne a montré, c’est que les représentants du système pouvaient être combattus et terrassés. Mais terrasser ses représentants ne signifie pas la fin du système, au contraire.

En effet, les structures du système ont été construites pour durer. Changer les hommes sans changer les règles, c’est laisser le système intact. Pour transformer, il faut faire table rase et que la table y passe aussi !

La table, c’est l’endroit où tout se joue :

  • Les décisions se prennent,
  • Les marchés se signent,
  • Les miettes tombent toujours du même côté.

C’est la table du pouvoir : ronde quand il faut dialoguer, longue quand il faut décider en écartant les autres. Elle est souvent en bois massif, polie par des décennies de compromis et d’intérêts croisés.

Garder la table, c’est garder les mêmes habitudes. Le révolutionnaire s’y assoit, découvre la douceur du cuir, le confort de la routine, et finit par se dire que finalement, les choses sont plus complexes qu’on ne le pensait. C’est là que le virus du système entre par les accoudoirs du fauteuil en cuir.

Et en moins de six mois, celui qui voulait renverser la table… préside désormais le Conseil interministériel sur la modernisation des tables !

Le système ne prend jamais de congés. Il vous accueille avec un sourire, puis vous endort avec ses fauteuils en cuir, ses couloirs feutrés, ses dossiers interminables, ses louanges bien ciblées, ses invitations diplomatiques et ses promesses.

C’est comme ça qu’il neutralise les révolutions : doucement et silencieusement, sans en avoir l’air.

Chaque fois qu’un révolutionnaire est nommé à de hautes fonctions, et qu’il entre dans le moule de la fonction sans la changer, le système gagne.

Chaque fois qu’il cherche à plaire aux anciens maîtres au lieu d’honorer les bases populaires, le système respire.

Chaque fois qu’il signe un décret sans le lire parce qu’il est pressé par les urgences, le système se frotte les mains.

Pour transformer, il faut donc faire table rase et que la table y passe aussi !

Disons le sans détour : si PASTEF se contente de gérer le pouvoir, il perdra sa base populaire et la révolution mourra. Mais si PASTEF engage le chantier de la transformation révolutionnaire tout en maintenant son ancrage populaire, alors il pourra bâtir le Sénégal nouveau pour lequel il a été porté au pouvoir.

Ne craignons pas le changement, pourquoi pas une Seconde République du Sénégal? La France en a connu 5, il y a bien une raison à cela, il est temps qu’on mette à jour notre logiciel étatique. A tous nos intellectuels adeptes de conférence, séminaires et autres colloques, ouvrons le débat pour une 2ème  République Souveraine du Sénégal.

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