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Il faut le dire franchement : l’expression « dette cachée » ne fait battre le cœur de personne. C’est froid, abstrait, administratif. Le genre de truc qu’un haut fonctionnaire peut réciter laconiquement sans hausser le ton.

Mais le peuple, lui, ne veut pas entendre parler de dette cachée. Le peuple veut savoir :
“Ana Khaliss bi ?” Où est passé l’argent ? Qui l’a pris ?

Et pourquoi, malgré tout cet argent emprunté :

  • Nos routes ? Des piscines chaque hivernage
  • Nos hôpitaux ? Quand y en a, ils sont sous-équipés
  • Nos écoles ? Des abris provisoires qui sont devenus permanents
  • Notre taux de chômage ? Même plus la peine de le calculer
  • Notre jeunesse ? Elle veut se barrer au Barça ou au Barzakh

 Le piège du langage des élites

En choisissant le terme de dette cachée, le gouvernement a fait un pas dans le terrain de l’ennemi : celui des élites technocratiques. Ceux-là mêmes qui maîtrisent le jargon des institutions internationales, et qui sont en partie responsable du problème : consolidation budgétaire,  stabilité macroéconomique, résilience, passif non déclaré, misreporting, blabla technocratique qui ne nourrit ni les ventres ni l’espoir…et surtout ne rend pas justice au peuple spolié.

Pour le marchand ambulant de Pikine, ça veut dire quoi tout ça? Ce qu’il comprend, c’est qu’on a emprunté en son nom, qu’on a volé son futur, et qu’on lui demande de rembourser 16 milliards cfa par jour, alors qu’il ne peut même pas se payer un billet BRT.

Le langage des élites endort. Le langage du peuple réveille. « Ana Khaliss bi » aurait dû être le slogan de la reconquête populaire. C’est court, percutant, universel.

C’est le genre de phrase qu’on devrait taguer sur les murs, crier dans les marchés, imprimer sur des t-shirts. Voila le langage de la révolution citoyenne.

Une idée, même juste, ne gagne pas sans une bonne narration, un bon story telling. C’est comme vouloir vendre du café Touba en l’appelant « boisson chaude aromatisée au poivre noir ». Tu perds l’âme du message.

« Dette cachée », c’est le jargon d’État. « Ana Khaliss bi », celui du peuple.

Et quand tu veux rallier une nation à ton combat, tu dois parler sa langue, pas celle du FMI.

C’est ce qui a fait la force de PASTEF dans l’opposition, une communication claire, percutante, ciblée et accessible au peuple. Mais le PASTEF au pouvoir semble avoir perdu de son mordant, devenant trop technocratique.

La communication patriotique doit redevenir populaire. On peut garder la rigueur des chiffres, mais il faut l’emballer dans la verve du peuple. Ousmane SONKO semble avoir compris cela. Le 8 novembre on a redécouvert le SONKO karatéka du verbe capable de frapper fort au bon moment et au bon endroit.

Car au final, le peuple ne lit pas les rapports, il subit la réalité. Et la réalité, c’est simple :

Ils ont volé.

Nous payons.

Nous sommes fatigués.

Ana Khaliss bi ?

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